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L’établissement d’un site personnel sur Internet fait problème pour le sémioticien qui est convaincu qu’un changement dans le plan de l’expression a fatalement tôt ou tard un retentissement dans le plan du contenu. Pour l’instant, nous savons seulement que le livre, que Claudel a célébré dans La philosophie du livre, a perdu le monopole de l’imprimé. Peut-être parce qu’elle échappe à toute espèce de validation institutionnelle, la création d’un site est privée de l’aura du livre, mais cette carence a cet avantage qu’elle place chacun en face de ses responsabilités. Les textes que nous avons retenus sont répartis en fonction de quatre directions :

 

1. Perspectives théoriques

Le Précis de grammaire tensive, rédigé à la demande de L. Hébert, résume les options qui définissent le point de vue tensif ; nous tenons à cette dénomination restrictive : en effet, parler de “sémiotique tensive“ laisserait entendre que celle-ci est sur le même plan que la sémiotique que Greimas a développée, ce que l’on ne saurait soutenir sérieusement. Le texte intitulé De l´événement se propose trois objectifs : préciser les outils épistémologiques propres à l'hypothèse tensive ; introduire les modes sémiotiques permettant une description raisonnable de l'événement ; enfin ajouter à la syntaxe tensive un troisième palier : après la syntaxe intensive et la syntaxe extensive, la syntaxe jonctive. Le troisième texte, Eloge de la concession, s’efforce de faire justice à une opération logique et discursive : la concession, en avançant un couple [implication vs concession], promis, pensons-nous, à un bel avenir.

 

2. Applications

La première étude Sémiotique de la douceur porte sur une grandeur “adverbiale” vécue : la douceur. Nous avons voulu réfuter le préjugé commode selon lequel le vécu serait non analysable. La seconde application est, à partir d’un texte de Claudel, une micro-analyse de la copule et dans le syntagme : «pure et ronde» appliqué à la perle. La troisième, Le jardin comme forme de vie, est l’analyse d’une analyse à partir de la typologie des jardins développée magistralement par Rousseau dans La Nouvelle Héloïse.

 

3. Avancées

La troisième partie est un essai de sémiotisation de catégories et de concepts pertinents dont la sémiotique a du mal à préciser la place dans le dispositif théorique d’ensemble qu’elle tient pour valide. Dans le texte intitulé Plaidoyer pour le tempo, la première catégorie est le tempo qui, peut-être par imprégnation de la grammaire, ne serait rien de plus qu’une manière ou une circonstance du procès. Selon le point de vue tensif, c’est une dimension régissante qui, associée à la tonicité, contrôle la densité du champ de présence. Autant vaut pour le rythme dans le texte Remarques sur l’assiette tensive du rythme : le rythme s’exerce aussi dans le plan du contenu. Le troisième texte : Seuils, limites, valeurs revient sur la valeur et s’efforce de défaire sa compacité.

 

4. Hommages et relectures

Cette partie s’efforce de marquer nos dettes vis-à-vis de ceux que R. Char appelle les «grands astreignants» et qui nous ont aidé à penser moins mal. Le premier texte, Aspects du mythe dans La philosophie des formes symboliques de Cassirer, rend hommage à une œuvre injustement méconnue. Cette méconnaissance englobe du même coup celle de tous les penseurs et analystes dont Cassirer avec patience et objectivité recueille et compose les découvertes. Nous estimons que le second volume de La philosophie des formes symboliques est déjà une grammaire du mythe – qui nous inclut. Le second texte, Une continuité incertaine : Saussure, Hjelmslev, Greimas, examine la continuité existant entre les maîtres de la discipline et aboutit sans surprise au constat ordinaire en cette matière : on ne continue qu’en déplaçant, qu’en trahissant parfois. Enfin, le dernier texte Architecture, musique et langage dans Eupalinos de Valéry concerne un auteur bien mal connu : Valéry, dont la curiosité et la pénétration virtualisent nos classifications, c’est-à-dire nos aveuglements ; dans Eupalinos ou l’Architecte, Valéry rejoint Hjelmslev en affirmant que la forme du contenu inhérente au langage contrôle les contenus particuliers que les grandes pratiques symboliques articulent.

 

 

 

 

 

Précis de grammaire tensive

Tangence, n° 70, automne 2002, pp.111-143

L’étude présente trois caractéristiques susceptibles de dérouter quelque peu. En premier lieu, elle ne se contente pas d’inviter l’affectivité à participer à la production du sens : elle lui en confie, au nom du principe d’immanence (Hjelmslev), la direction. En second lieu, elle se propose de coiffer la sémiotique des oppositions, qui demeure la charte du structuralisme, par une sémiotique des intervalles, en concordance avec le primat de l’affectivité, puisque nos vécus sont d’abord, peut-être seulement, des mesures. Enfin, les deux points mentionnés présupposent la centralité de l’événement, la fascination du discours pour la dimension concessive de l’événement. S’ils sont acquis, ces préalables devraient conduire à détacher la sémiotique du récit et à la rapprocher de la rhétorique tropologique.

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De l´événement

Nous ne pensons le sens que par référence à une forme codifiée : le récit pour Greimas, la tragédie grecque analysée par Aristote dans la Poétique, la tension entre métaphore et métonymie pour Jakobson et Lévi-Strauss. Nous aimerions ajouter à cette liste prestigieuse une grandeur à la fois primordiale et méconnue : l’événement, que Greimas accueille dans De l’imperfection, et qui constitue le complément attendu de sa recommandation : il faut sortir de Propp. Mais une objection forte vient aussitôt à l’esprit : la méthode sémiotique étant – faut-il le dire ? – analytique, l’analyse de l’événement ne tient-elle pas de l’oxymoron ? Selon Focillon : «Qu’est-ce que l’événement ? Nous venons de le dire : une brusquerie efficace.», mais analyse-t-on une «brusquerie efficace» ?

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Eloge de la concession

• 2004 (inédit).

D’une théorie parvenue à la persistance, et c’est le cas de la théorie sémiotique greimassienne, on déclare volontiers qu’elle “se développe”, mais de fait il semble bien plutôt qu’elle corrige, «rectifie» ainsi que l’assurait Bachelard, les insuffisances, les difficultés, les préventions diverses que ses décisions initiales, dans l’euphorie des commencements, occultaient. La théorie sémiotique greimassienne emprunte – et elle a raison de le faire – “à droite et à gauche”, mais d’abord à Saussure et à Hjelmslev. Elle emprunte à Saussure deux postulats : (i) le postulat de la «relativité»1 des unités qu’elle considère ; (ii) le postulat de l’immanence, que l’on peut recevoir comme la résultante du précédent et de la dissociation de la synchronie et de la diachronie. Elle emprunte à Hjelmslev la distinction entre le système et le procès et la subordination principielle de celui-ci à celui-là. L’adoption de ces prémisses aboutit au parcours génératif donné comme modèle intégrant les catégories reconnues pertinentes. Dans la présentation graphique adoptée, deux axes structurants sont posés : (i) un axe “vertical” menant de la “profondeur” “logico-sémantique” à la “surface” discursive ; (ii) un axe “horizontal” départageant un volet sémantique et un volet syntaxique. Le recoupement de ces deux volets ne s’effectue pas sans difficultés : la syntaxe profonde est, selon les termes mêmes de Sémiotique 1, plutôt une syntaxe formelle, tandis que la syntaxe de la narrativité de surface est une syntaxe à la fois actantielle et conceptuelle. Toutefois, au fil du temps, ces positions se sont affaiblies.

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Sémiotique de la douceur

Greimas citait volontiers ce mot d’un militaire d’autrefois : je suis leur chef, donc je les suis ! L’analyse serrée de ce micro-discours dégagerait sans trop de peine une sémiotique de l’illusion, du simulacre, de l’entraînement, laquelle marquerait les limites de la sémiotique de l’action qui a longtemps défini le “sémiotiquement correct”. Et de fait, si l’on examine le “suivi” de la sémiotique — le terme de devenir est ou trop fort ou prématuré —, il est aisé de s’apercevoir que successivement le narratif, le modal, l’aspectuel, le tensif ont été les mots d’ordre de la sémiotique d’abord brandis, puis, non pas abandonnés, mais potentialisés comme acquis, dans la mesure où une discipline qui n’en “sécréterait” pas ne mériterait guère l’attention. Il nous semble, mais sans en être tout-à-fait certain que c’était la pensée, ou l’arrière-pensée, qui éloignait R. Barthes de la scientificité, comme s’il avait moins redouté l’échec que la réussite — relative.

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Portrait de la rondeur

In F. Parouty-David & Cl. Zilberberg, Sémiotique et esthétique. Limoges: Pulim, 2003, pp.99-112.

«Toutes les merveilles que nous avons recensées jusqu’ici ne se passent pas de la collaboration de l’homme. Il faut qu’il y mette la main pour parfaire le vœu occulte du minéral. C’est en somme quelque chose de fabriqué. Mais la perle au fond des mers naît toute seule de la chair vivante : pure et ronde, elle se dégage immortelle de cet être éphémère qui l’a enfantée. Elle est l’image de cette lésion que cause en nous le désir de la perfection et qui, lentement, aboutit à ce globule inestimable.»

Le choix de ce fragment d’un texte en prose de Claudel correspond au désir d’aborder un auteur différent de ceux que j’aborde habituellement, afin d’éviter le mimétisme, la relation fusionnelle souvent relevée, toujours ambivalente entre l’analyste et l’auteur analysé. Si l’on s’arrête à l’œuvre de Proust, une double question peut être, l’espace d’un instant, soulevée : est-ce Proust qui se trouve sémiotisé, vampirisé ? ou bien la sémiotique, même si le terme est loin d’être heureux,“proustisée” ? Les deux sans doute, à des égards distincts, mais la problématique relève de la sémiotique discursive. La même interrogation se pose à propos de l’œuvre de G. de Maupassant. Le Claudel que nous avons retenu est moins connu – encore que ce terme n’ait pas grand sens – que l’auteur dramatique ; c’est, si l’expression est permise, un Claudel plutôt bachelardien, à l’écoute des voix de certaines matières précieuses, ce qui pose le problème de la valeur, de la manifestation de la valeur dans le discours.

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Le jardin comme forme de vie

• en français : Revue (espagnole) Tropelias, n°7-8, années 1996/1997, pp. 434-446.
• en espagnol : Claude Zilberberg, Semiotica tensiva y formas de vida, Puebla, Benemérita Universidad Autonoma de Puebla, 1999, pp. 165-184.

«La description se propose quatre objectifs : (i) l'examen de la lettre de Rousseau consacrée au "jardin de Julie" dans La Nouvelle Héloïse ; (ii) la mise en place d'une typologie proprement sémiotique des valeurs, typologie reposant sur la confrontation entre les valeurs d'absolu, définies par la quête de l'éclat, et les valeurs d'univers, définies par la quête de l'étendue ; (iii) l'identification du "jardin de Julie" comme forme de vie dès lors qu'une forme de vie compose d'une part une décision sur les valeurs pour ce qui regarde le plan du contenu, d'autre part des sélections déclarées dans les dimensions du tempo, de la temporalité, et de la spatialité pour ce qui regarde le plan de l'expression ; (iv) la formulation de l'hypothèse selon laquelle le "sens du sens" reposerait, selon une mesure qui reste à déterminer, sur la corrélation entre l'intensité et l'extensité, ou ce qui revient au même : entre le sensible et l'intelligible.»

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Plaidoyer pour de tempo

In Le devenir, sous la direction de J.Fontanille. Limoges : Pulim, pp.223-241.

Le sujet de cette intervention, qui nous a été proposé par le “maître des lieux”, en appelle au genre du plaidoyer, qui, plus que tous les autres peut-être, se situe dans une intersubjectivité tendue, adversative et par voie de conséquence pathémique. Le Micro-Robert, ce viatique du sémioticien, ne propose-t-il pas les deux définitions suivantes : “Plaidoirie pour défendre les droits de qqn.” et “Défense passionnée” ? Quel est le “crime” du tempo ? Longtemps tenu pour négligeable, convaincu lui-même de la bassesse de son rang dans la hiérarchie conceptuelle régnante, le tempo entend rejeter cette médiocrité, faire valoir ses prétentions et arracher cette reconnaissance,
qui a été tenue par quelques-uns, et non des moindres, pour le sens de la vie. Plus sérieusement, il est question de montrer que le tempo doit désormais être pris au sérieux. Le terme de tempo luimême n'est sans doute pas entièrement satisfaisant, mais cette insuffisance trahit le manque d'attention que nous signalions à l'instant. Le tempo serait, selon la convention greimassienne, l'axe sémantique ayant pour termes la célérité et la lenteur, selon la convention hjelmslevienne un «continuum non analysé mais analysable» en célérité et lenteur, selon la convention saussurienne un différenciable donnant lieu à un rapport in praesentia particulier. Un adage, tenu pour plausible, prétend que la meilleure défense, c'est l'attaque, et à cet égard nous aimerions d'entrée poser que traiter du devenir sans prendre en compte son tempo propre est inconséquent, si bien qu'il incombe à la partie adverse de démontrer que le premier peut être approché, sous le contrôle du «principe de simplicité» (Hjelmslev), sans le second.

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Remarques sur l'assiette tensive du rythme

Nous aimerions prévenir les malentendus possibles à propos du titre que nous avons retenu. En premier lieu, la tensivité fait signe à l’affectivité, au «phénomène d’expression» dans la terminologie de Cassirer ; les sciences dites humaines ont voulu copier, selon le vœu de certains, se fondre dans les sciences de la nature en prônant l’objectivation de leurs méthodes. Tout n’est pas blâmable, loin s’en faut, dans cette démarche, et les maîtres de la sémiotique,dont je me réclame personnellement, Saussure, Hjelmslev et Greimas, ont tenu à ce que les méthodes et les procédures soient transmissibles et contrôlables, mais l’objectivation de la méthode est une chose et celle de l’objet une autre. Pour faire court, les sciences de la nature ayant éradiqué la subjectivité et l’affectivité, les sciences dites humaines devaient sinon bannir l’affectivité, du moins la tenir pour insignifiante : «Croyances. Toute la question est de
décider si les émotions doivent être finalement conservées dans le système de la connaissance ou bien éliminées comme n’ayant avec lui qu’une relation fortuite et historique (…)
» De notre point de vue, l’affectivité doit non seulement être «conservée», mais centralisée dans la mesure où les affects sont, selon une justesse à déterminer, les raisons de nos raisons en discours.

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Seuils, limites, valeurs

In Questions de sémiotique, sous la direction de A. Hénault. Paris : P.U.F., pp. 343-360.


«(...) c'est une immense jouissance que d'élire domicile dans le nombre, dans l'ondoyant, dans le fugitif et l'infini.»
Baudelaire


La problématique des seuils et des limites est certainement l'une des plus intéressantes que l'on puisse proposer ou se proposer. Elle a d'abord une dimension existentielle immédiate puisque l'éthique pour la plupart des moralistes, comme d'ailleurs des immoralistes, est affaire de seuils et de limites. La réflexion morale chez les moralistes sévères permet déjà d'entrevoir une tension entre seuils et limites puisqu'ils récusent le partage ordinaire entre les premiers et les secondes. Le proverbe français :“Qui vole un œuf vole un bœuf” pose entre seuils et limites une continuité, une dynamique non-résistible. Montaigne ne pense pas autrement quand il écrit dans Les Essais: «Secondement, la laideur de la piperie ne dépend pas de la différence des écus aux épingles. (...) Je trouve bien plus juste de conclure ainsi : “Pourquoi ne tromperait-il pas aux écus, puisqu'il trompe aux épingles ?”» Il convient d'ajouter aussitôt que les jeunes enfants ont un sentiment très vif de ces notions, ou plus exactement de ces fonctions aspectuelles : en effet, un enfant qui veut arrêter les agissements d'un autre a soit recours à la force, soit à la formule : tu exagères ! c'est-à-dire qu'il fait savoir à son énonciataire qu'un seuil à coup sûr, peut-être une limite, a été franchi et qu'un excès vient de prendre corps et que cet excès attend, espère sa résolution. Seuils et limites apparaissent comme des “points sensibles” : quand ils sont approchés, atteints ou dépassés, ils déclenchent des programmes et des contre-programmes modaux et d'assimilation et de dissimilation. Seuils et limites n'ont pas seulement une existence synchronique. Du point de vue diachronique, on observe, pour des domaines et des périodes étroitement définis, un déplacement du seuil vers la limite en ce sens qu'une limite est, replacée dans la durée, occupée par un contenu qui, jusque-là, avait valeur de seuil. Ce qu'on a appelé en matière de justice pénale “l'humanisation des peines” montre clairement que la pratique des supplices, qui était la limite de l'ancienne justice a été abandonnée et que la pratique de l'enfermement, qui avait auparavant valeur de seuil, est devenue la nouvelle limite dans la justice moderne. L'ancien degré est devenu la nouvelle limite. Aussitôt la question se pose de savoir si entre seuils et limites la relation est asymétrique (c'est-à-dire irréversible) ou symétrique (c'est-à-dire réversible)

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Aspects du mythe dans La philosophie des formes symboliques de Cassirer

L’œuvre de Cassirer concerne le sémioticien au plus haut point : ce dernier devrait se sentir personnellement visé quand il prend connaissance de la tripartition de La philosophie des formes symboliques puisque le premier tome est consacré au langage, le second au mythe et le troisième à la philosophie de la connaissance. Comment ne pas sympathiser avec un projet qui entend «présenter dans leur formulation la plus générale et la plus systématique toutes les questions qui touchaient à la linguistique, (...)» ? Lorsque Cassirer se propose, dans la même page, de «décrire et expliciter la forme pure du langage», cette visée sera, quelques années plus tard, celle de Hjelmslev dans Les Principes de grammaire générale de 1928. Pourtant ce terme de «forme» risque de fausser la perspective. Celui préférable de «morphogénèse », mis en avant par R.Thom dans un autre contexte, semble déjà se faire entendre dans ces lignes : «Toutes les grandes fonctions partagent avec la connaissance la propriété fondamentale d’être habitées par une force originairement formatrice et non pas simplement reproductrice.(..)» L’objectivation n’est pas ici sous le signe de la quête nostalgique, mais dans l’adhésion à «un monde de pure expression de l’esprit» que chacune des grandes directions spirituelles, le langage, le mythe, la religion, l’art, projette.

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Une continuité incertaine: Saussure, Hjelmslev, Greimas.

In A.Zinna, Hjelmslev aujourd’hui. Turnhout : Brepols, pp. 165-192

Nous vivons ici quelques-uns, à des titres divers, un moment particulier, précieux, celui qui sépare encore la mémoire personnelle de l'histoire. Or il n'y pas nécessairement inclusion ou emboîtement entre les deux points de vue. L'histoire opérera comme elle le fait toujours : en rabotant, en lissant, et produira une ordonnance sans faille : Saussure - Hjelmslev - Greimas. Il y aura certes quelques thésards qui, en relisant les textes de près à la manière sans doute des moines du Moyen Âge, viendront nuancer cette continuité, mais comme personne ne les lira, en dehors peut-être des membres du jury, cette remise en cause restera très limitée. Or la notion même d'histoire comporte une part inévitable d'illusion. L'histoire dans la société moderne, à l'instar du mythe pour mainte société, se présente comme une entreprise de fondation. L'abus actuel de termes comme fondement, fondation, fondamental l'indique assez ; il est volontiers parlé d'acquis et d'héritage. L'illusion consiste en ceci que ce n'est pas le premier discours qui fonde, ou fonderait, le second, mais bien ce second discours qui instaure le premier comme premier ! La succession est fallacieuse.

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Architecture, musique et langage dans Eupalinos de Valéry

Documents de travail et pré-publications de l'Université d'Urbino, n° 150-151-152, janvier-février 1988, 34 p.

Avant d'aborder la problématique elle-même, nous situerons succinctement le texte lui-même. D'un point de vue strictement anecdotique, P. Valéry accepta non seulement la commande d'un groupe d'architectes soucieux de publier un Album de gravures et de plans «contribuant depuis mil neuf cent quatorze à former le style français», mais encore ce qu'il appelle, dans une lettre à P. Souday en date du 1er mai 1923, leur «bizarre contrainte», à savoir la détermination a priori du nombre des caractères : 115 800... L'ouvrage parut en 1921.

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