Glossaire de sémiotique tensive

 

Pourquoi un glossaire ? Pour deux raisons : en premier lieu, le signifié, dans la perspective ouverte par Saussure et poursuivie par Hjelmslev, a pour résolution sa définition. En second lieu, les sciences humaines empruntant à gauche et à droite, il nous a paru honnête de marquer notre dette à l’égard de tel ou tel penseur. Enfin, pour l’essentiel, ce glossaire est établi à partir du premier texte : le Précis de grammaire tensive.

 

Ambivalence
Direction
Objet
Survenir
Amenuisement
Efficience
Parvenir
Tempo
Analyse
Espace tensif
Phorème
Temporalité
Ascendance
Evénement
Récursivité
Tensivité
Atonisation
Extensif
Redoublement
Tonalisation
Atténuation
Extensité
Relèvement
Tonicité
Catégorie
Homogénéité
Réseau
Tri
Complexité
Implication
Segmentation
Valence
Concession
Intensif
Sous-contraire
Valeur
Corrélation
Intensité
Sous-dimension
Décadence
Interdéfinition
Spatialité
Définition
Intersection
Structure
Démarcation
Intervalle
Sub-valence
Diagramme
Mélange
Sujet
Dimension
Mode d’efficience
Sur-contraire

 

 

 

 

 

– Ambivalence: L’ambivalence est un aboutissant indirect de la centralité de la valence. La valeur sémantique d’une grandeur en discours reposant sur l’intersection d’une valence intensive et d’une valence extensive, la valeur est pour ainsi mécaniquement bivalente. Cette bivalence étant orientée en ascendance ou en décadence, la commutation decette direction pose une ambivalence systémique et non seulement un jeu de langage plaisant. Un exemple l’établit aisément : dans bien des micro-univers, un ralentissement de la vitesse, loin d’être reçu comme déceptif, est vécu comme un accroissement gratifiant propre à la lenteur. La musicologue G. Brelet analyse en ces termes l’ambivalence du tempo en musique : «La rapidité est aussi une facilité offerte à l’acte créateur du musicien, car elle demande une moindre densité musicale et au surplus, elle soutient de son élan l’élan de la forme, (…). La lenteur au contraire non seulement exige une plus grande densité musicale, mais tend à entraver le développement de la forme en l’immobilisant hors du temps.» (in Le temps musical, tome 1, p. 391). L’ambivalence est pour ainsi dire redoublée : le discours musical ajuste entre elles trois tensions : tension propre au tempo, tension propre à la densité musicale, tension propre au développement de la forme. 

(voir corrélation, valence, intersection)

– Amenuisement: L’amenuisement est avec l’atténuation un des analysants de la décadence tensive. Soit la série décadente simple de la tonicité [1 -> 0] :

 

L’amenuisement a pour marque l’intervalle [s3 + s4], c’est-à-dire qu’il est constitué par lesous-contraire atone [s3] et le sur-contraire atone [s4]. Du point de vue actantiel, l’intensité, après adoption de la thèse de G. Deleuze, se dirige, si un contre-programme efficace n’est pas mis en place, selon la modalité du prévenir, vers son annulation. Du point de vue valenciel, l’amenuisement pour autant qu’il succède à l’atténuation, ne comporte que des moins, c’est-à-dire plus rien. L’amenuisement est le corrélat ad quem de l’atténuation.

(voir atonisation, atténuation, tonalisation)

– Analyse: L’analyse occupe une place centrale dans la théorie hjelmslevienne. Elle occupe la première place sur la liste des définitions. L’analyse est indissociable de la notion, elle-même indéfinissable, de dépendance: «Une dépendance qui remplit les conditions d’une analyse sera appelée fonction(Prolégomènes, p.49) Alors que l’analyse saussurienne vise une différence instauratrice, le binarisme une opposition, l’analyse hjelmslevienne fait choix de la dépendance, de la jonction. La dissociation est au service de l’association. La théorie des fonctions est une théorie des types de dépendances et se présente ouvertement comme une généralisation de la notion de rection, qui est, selon Hjelmslev, la grande découverte de la linguistique du dix-neuvième siècle et que ses contemporains selon lui méconnaissent. Les grandeurs ne sont analysées que pour être composées en réseaux “économiques”. Comme la «substance» est écartée et confiée à des disciplines auxiliaires, les «membres» et les «parties» que les fonctions projettent deviennent tout naturellement les définissantes des grandeurs distinguées.

(voir réseau, intersection, définition)

Ascendance: L’ascendance est avec la décadence un des termes du paradigme de la direction tensive. Du point de vue analytique, l’ascendance est le passage d’un état initial ne comportant que des moins à un état final ne comportant possiblement que des plus. Du point de vue syntaxique, les formes intermédiaires voient se succéder le moins de moins et le plus de plus. L’ascendance est analysable en deux vecteurs “discourus”: (i) le relèvement qui éloigne le “curseur” de la nullité; (ii) le redoublement qui conjoint à l’autre extrémité de l’axe sémantique. Dans notre univers de discours, entre l’ascendance et la décadence la balance est loin d’être égale et la rhétorique, conçue comme un art du discours et non comme un répertoire de figures, est une investigation, souvent admirable, des voies conduisant le lecteur vers le sublime, terme ultime de l’ascendance tensive dans notre univers de discours.

(voir décadence, direction)

Atonisation: Ce terme, emprunté d’une part à la terminologie de la prosodie et du rythme, d’autre part à l’œuvre chaleureuse de G. Bachelard, désigne l’aboutissant atone de l’amenuisement. L’atonisation forme couple avec la tonalisation. Dans notre univers de discours, Freud avec la «pulsion de mort» a osé, contre l’avis de ceux qui le suivaient, penser l’atonisation comme un retour à l’état anorganique. L’atonisation est relativement aisée à décrire, mais dans notre propre univers de discours dirigé par la tonalisation, c’est-à-dire la surenchère et l’amplification, peut-être impossible à comprendre: dans le poème intitulé Le Goût du Néant, Baudelaire laisse entendre que le choix de l’atonisation comme attracteur est lié à la perte irréversible des compétences modales.

(voir tonalisation)

Atténuation: L’atténuation est un des analysants de l’amenuisement de la décadence tensive. Soit la série décadente simple de direction [1 ->0], l’atténuation de la tonicité par exemple associe le sur-contraire tonique (s1) et le sous-contraire tonique [s2]; l’atténuation suppose l’“addition” d’un moins. L’atténuation est le corrélat ab quo de l’amenuisement.

(voir amenuisement, extensif)