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Décadence : Entre la décadence et l’ascendance, la balance est loin
d’être égale. Dans les analyses concrètes, la décadence prévaut largement.
Pour quelles raisons ? Nous ferons état de trois suggestions: (i)
la place que le point de vue tensif accorde
à la détonation saisissante de l’événement est en concordance avec la
décadence prochaine de l’éclat immanent à l’événement; (ii)
selon G. Deleuze dans Différence et répétition, toute intensité
est promise, si aucun contre-programme efficace n’est prévu, à son annulation;
(iii) la corrélation inverse, laquelle a pour limites
le moins de plus et le plus de moins, est manifestement
sous l’autorité d’un mystérieux principe de constance en vertu duquel
l’intensité décroît comme en se divisant, en se distribuant, comme si
la valeur était un quotient, l’intensité un dividende et l’extensité
un diviseur.
(voir
ascendance, direction)
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Définition : La définition occupe une place à part puisque, dans le
cas des sciences dites humaines, la théorie, incapable dans l’état actuel
de la recherche de formuler des lois autorisant de bonnes prévisions,
en est réduite à proposer des définitions pertinentes des grandeurs qu’elle
retient. Mais en même temps, dans la perspective hjelmslevienne,
la définition relève de la théorie, si bien que la définition de la définition
est à envisager, sans réduire ce cas à l’exercice de la récursivité: «Définition:
division du contenu ou de l’expression d’un signe.» (Déf. 42 dans
les Prolégomènes). La centralité de la
définition peut être affirmée en compréhension comme en extension: (i)
en compréhension, la définition est solidaire de l’analyse, c’est-à-dire
de la sémiotique en tant que praxis, puisque celle-ci est donnée
comme un «complexe d’analyses, ou un complexe de divisions» (Prolégomènes,
p. 45); elle est donc solidaire de la complexité puisqu’on ne voit pas
qu’une analyse puisse porter sur autre chose qu’une complexité ou sur
une «intersection de faisceaux de rapports.» (Prolégomènes,
p. 36); (ii) en extension, dans la
mesure où la définition est partie prenante d’un système de définitions,
dont Hjelmslev lui-même admet l’«outrance», elle n’est pas confinée
dans un chapitre ou un sous-chapitre de la théorie, mais devient coextensive
à la théorie, que pour ainsi dire elle mesure. Cette
primauté vaut en principe pour le point de vue tensif à deux égards: (i) l’espace tensif est constitué par le recoupement de l’intensité et
de l’extensité et le rabattement de elle-ci sur celle-là; (ii)
par continuité d’hypothèse, une valeur sémiotique associe une valence
intensive régissante et une valence extensive régie, que l’analyse a justement
pour tâche d’isoler. Dans le premier cas cas,
les grandeurs que l’analyse dégage deviennent les catégories directrices
du système, dans le second, les caractéristiques des unités locales; la
valeur a ainsi pour définissantes les valences intensive et extensive
qu’elle conjoint. Cette dénivellation procure au point de vue tensif
sa profondeur sémiotique .
(voir
diagramme, analyse,
interdéfinition)
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Démarcation : La démarcation et la segmentation sont les deux fonctifs
présupposés par l’analyse pour autant que le dégagement d’une dépendance
entre a et b doit d’abord isoler a et
b: «L’entité linguistique n’est complètement déterminée
que lorsqu’elle est délimitée, séparée de tout ce qui l’entoure
sur la chaîne phonique. Ce sont ces entités délimitées ou unités qui s’opposent
dans le mécanisme de langue.» (Cours de linguistique générale,
p. 145). Par
convention, la démarcation traite des limites, la segmentation s’occupe
des degrés. Dans l’approche tensive, les limites deviennent des sur-contraires,
les degrés des souscontraires. Du point de vue
paradigmatique, le nombre des limites est deux, tandis que le nombre des
degrés est libre en droit, mais de fait sous le contrôle du tempo: la
lenteur est analytique et détaille, tandis que la vitesse efface les degrés.
Pour fixer les idées, l’imparfait français dit d’habitude et de description
permet à l’observateur, en vertu du ralentissement qu’il subsume, de prendre
son temps et de “se perdre” dans les détails. Ce qui revient à dire que
la segmentation est en affinité avec le parvenir, la démarcation en affinité
avec le survenir. Rapportées
l’une à l’autre, la démarcation et la segmentation produisent, indépendamment
des contenus traités, deux effets de sens majeurs: (i) l’excès
prend corps lorsque dans un univers de discours stabilisé, les limites
deviennent des degrés; (ii) le manque
prend corps lorsque, de façon symétrique et inverse, les degrés deviennent
des limites. Dans
la perspective tensive, la segmentation et la démarcation reçoivent deux
compléments: (i) en ascendance, la segmentation est solidaire du
relèvement, la démarcation solidaire du redoublement; (ii)
en décadence, la segmentation est solidaire de l’atténuation, la démarcation
solidaire de l’amenuisement. Au
niveau hypotaxique, la segmentation et la démarcation
sont, en raison de leur appartenance à l’espace tensif, descriptibles en termes de phorèmes.
(voir
phorème, direction,
intervalle)
–Diagramme
: Par diagramme, nous entendons la représentation graphique conventionnelle
de l’espace tensif pour laquelle l’axe des ordonnées
correspond à l’intensité et l’axe des abscisses à l’extensité.
Les minima respectifs de l’intensité et de l’extensité
sont /faible/ et /concentré/, les maxima, /éclatant/ et /diffus/, soit
:
Dans
l’état actuel de la recherche, le paradigme des schémas possibles comporte
deux cas: celui de la corrélation inverse et celui de la corrélation converse:
Tout
élémentaire qu’il soit, ce dispositif présente plusieurs avantages d’ordre
cognitif. Il permet de figurer les directions sémiotiques prévalentes,
puisque l’ascendance est en concordance avec la corrélation converse,
la décadence avec la corrélation inverse. Il visualise à moindres frais
la complexité de la valeur tensive [V1]; sa résolution en valences est obtenue par
projection de la valeur sur les deux axes mentionnés, [vi] pour la valence intensive, [ve] pour
la valence intensive; soit:
Au
passage, le diagramme permet de “voir” la relation du défini à ses définissantes
puisque les valences en vertu de leur dualité, de leur altérité, sont
les définissantes de la valeur:
Le
troisième avantage que nous entrevoyons, c’est d’avérer [V1]
comme vecteur du point de vue syntagmatique, de visualiser en somme son
déjà [V0] en amont et son pas encore [V2] en aval; soit:
Le
dernier avantage que nous entrevoyons consiste dans la correspondance
entre le diagramme et la problématique de la définition sémiotique: la
valeur [V] ayant pour définissantes [vi] et [ve], le diagramme visualise la définition
dans l’exacte mesure où la définition catégorise le diagramme. Nous
terminerons cet examen succinct sur une interrogation: d’où vient que
le diagramme soit plus “parlant” que l’énoncé verbal? Si l’énoncé verbal
est tributaire de la linéarité saussurienne,
le diagramme n’est pas dans ce cas et projette – c’est notre sentiment
– une simultanéité heuristique.
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Dimension : La notion de dimension est empruntée à Hjelmslev et plus
précisément aux dernières pages de La catégorie des cas. Le terme
n’apparaît qu’une fois dans les Prolégomènes (p. 127). Il permet
à Hjelmslev d’organiser un «domaine sémantique» avant sa prise
en charge par une structure particulière. S’il fallait à tout prix fournir
un équivalent dans l’approche greimassienne,
ce sont les couples [vie vs mort]
et [nature vs culture] qui s’en approcheraient le plus.
Du
point de vue tensif, l’intensité et l’extensité
sont, par commodité, désignées comme des dimensions [Di]
et [De]. L’analyse d’une dimension dégage des sous-dimensions
que nous désignons par des minuscules. L’analyse de l’intensité a, sous
bénéfice d’inventaire, pour aboutissantes le
tempo [d1] et la tonicité [d2]; celle de l’extensité,
la temporalité [d3] et la spatialité
[d4], soit simplement :
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Le
principe est le suivant: les relations entre sous-dimensions sont contrôlées
par la relation, plus précisément la rection, entre les dimensions. Dans
l’état actuel de la recherche, les relations “horizontales” entre les
sous-dimensions peuvent être ainsi résumées :
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Direction : Dans la perspective hjelmslevienne, cette grandeur est le trait permettant de
distinguer les grandeurs extenses des grandeurs
intenses. En pratique, ce sont les morphèmes verbaux qui détiennent cette
capacité. De manière inattendue, Hjelmslev est proche de Baudelaire quand
ce dernier, dans Le poëme du haschisch, qualifie
le verbe d’«ange du mouvement, qui donne le branle à la phrase». Et
en effet, c’est le verbe, le Zeitwort
selon les grammaires allemandes, qui, en raison de ses morphèmes spécifiques
(mode, temps, aspect, nombre, personne), établit cette direction. Du
point de vue tensif, l’ascendance et la décadence
sont des directions susceptibles d’être analysées de manière canonique.
(voir
ascendance et décadence)
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