Glossaire de sémiotique tensive

 

Ambivalence
Direction
Objet
Tempo
Amenuisement
Efficience
Parvenir
Temporalité
Analyse
Espace tensif
Phorème
Tensivité
Ascendance
Evénement
Récursivité
Tonalisation
Atonisation
Extensif
Redoublement
Tonicité
Atténuation
Extensité
Relèvement
Tri
Catégorie
Homogénéité
Réseau
Valence
Complexité
Implication
Segmentation
Valeur
Concession
Intensif
Sous-contraire
Corrélation
Intensité
Sous-dimension
Décadence
Interdéfinition
Spatialité
Définition
Intersection
Structure
Démarcation
Intervalle
Sub-valence
Diagramme
Mélange
Sur-contraire
Dimension
Mode d’efficience
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– Implication: La notion d’implication est une notion dont le maniement ne laisse pas d’être délicat. Hjelmslev en traite dans le dix-huitième chapitre des Prolégomènes à propos des syncrétismes. Deux syncrétismes sont distingués: le «syncrétisme par fusion» dont la manifestation correspond à tous les fonctifs qui relèvent de ce syncrétisme ou à aucun, et le «syncrétisme par implication» dont la manifestation est identique à l’un des fonctifs ou à plusieurs. Hjelmslev forge un exemple emprunté à l’analyse phonologique courante: si devant une consonne sonore, une consonne sourde devient sonore, on considère qu’une consonne sourde implique une consonne sonore et qu’une consonne sonore est impliquée par une consonne sourde. Hjelmslev ajoute que la “logistique” ne fait pas autre chose, c’est-à-dire qu’elle opère également avec le si… alors…Pour la sémiotique greimassienne, l’implication relève des structures profondes et elle est l’une des trois opérations requises pour faire “tourner” le carré sémiotique. Plus précisément, les implications [non-s1 -> s2] et [non-2 -> s1] sont convoquées pour mettre un terme à la contradiction et revenir à la contrariété. Sémiotique 2 rabat l’implication sur la présupposition et identifie le si comme présupposant et le alors (ou le donc) comme présupposé. Ce qui a été contesté. Pour le point de vue tensif, l’implication fait couple la concession et constitue le terme non-marqué de la relation.

(voir concession)

– Intensif: voir extensif.

– Intensité: Du point de vue tensif, la dimension de l’intensité a pour tension génératrice: [éclatant vs faible]; elle subsume deux sous-dimensions: le tempo et la tonicité; nous définissons l’éclat comme le produit des sub-valences saturées de tempo et de tonicité. Faut-il l’avouer: il est bien cas où il est malaisé de distinguer l’intensité et la tonicité. Seuls peut-être les artistes sont-ils à même de reconnaître la dette de la subjugation esthétique à l’intensité. C’est du moins dans cet esprit que Baudelaire fait l’éloge de l’acteur Ph. Rouvière: «Ils (les beaux ouvrages) contiennent la grâce littéraire suprême, qui est l’énergie: il [Ph. Rouvière] a cette grâce suprême, décisive – l’énergie, l’intensité dans le geste, dans la parole, dans le regard.» (Œuvres complètes, p. 985). De son côté, Michaux dans un texte portant sur la création littéraire insiste en ces termes: «Mais, sans une certaine extrême, extrême concentration, il n’y a pas action directe, massive, permanente, magique de cette pensée sur celui qui l’a pensée. Intensité, intensité, intensité dans l’unité, voilà qui est indispensable. Il y a un certain seuil, à partir duquel, mais pas avant, une pensée sentiment compte, compte autrement, compte vraiment, et prend un pouvoir. Elle pourra même rayonner…» (Œuvres complètes, tome 2, p. 377).

Interdéfinition: L’interdéfinition est une notion capitale pour et dans la théorie hjelmslevienne, indifférente sinon. Aux yeux de l’auteur des Prolégomènes, l’interdéfinition consiste à «pousser aussi loin les définitions aussi loin que possible, et introduire partout des définitions préalables avant celles qui les présupposent.» (Prolégomènes, p. 33); Hjelmslev lui-même parle d’«outrance.» À ses yeux, l’interdéfinition répond de la scientificité de la théorie. Ce souci définit un style théorique qui pose un centre, désigné comme une «constance concentrique», à partir duquel, telles des ondes sur l’eau, les catégories se déploient et assimilent les grandeurs qu’elles rencontrent et qu’elles capturent. Du point de vue discursif, l’exigence de l’interdéfinition s’appuie sur plusieurs arguments: (i) le rejet des axiomes et postulats qui circulairement sont jugés extrinsèques; (ii) l’affirmation raisonnable de l’homogénéité, puisque les rapports significatifs ne sont que des rapports de dépendance ou d’interdépendance; (iii) la conviction que le procès respecte les possibilités et les limites que le système prévoit. L’implication demeure la pièce maîtresse, et seule, la «constellation», c’est-à-dire la relation entre deux variables, ménage une place à la concession. Toutes les théories entendent contrôler leur “amont” et leur “aval”. Pour ce qui concerne l’“amont”, Hjelmslev reconnaît honnêtement l’existence de quatre concepts «indéfinissables spécifiques»: description, objet, dépendance, homogénéité, puis de trois concepts «indéfinissables non spécifiques»: présence, nécessité, condition. Pour ce qui regarde l’“aval”, c’est-à-dire quand il s’agit d’appliquer la théorie, Hjelmslev rencontre autant de difficultés qu’un autre comme on peut le voir dans les dernières pages de La catégorie des cas. Seul Hjelmslev a réussi à fondre, à homogénéiser deux problématiques: celle de l’interdéfinition et celle de la «constance concentrique». Pour l’entreprise greimassienne, nous dirons qu’elle produit des définitions rigoureuses, mais si des renvois pertinents sont indiqués dans Sémiotique 1, cela tient à la prégnance de la «constance concentrique» adoptée, à savoir la formalisation de la narrativité proppienne. La démarche hjelmslevienne n’est pas à nos yeux reproductible, celle de Greimas l’est en droit puisqu’elle demande seulement l’adoption de telle «constance concentrique», comme on le voit avec l’inconscient freudien ou la lutte des classes dans le cas du marxisme orthodoxe.

(voir définition, extensif)

– Intersection: Cette image forte fournit à l’analyse son objet: «Les “objets” du réalisme naïf se réduisent alors à des points d’intersection de ces faisceaux de rapports; cela veut dire qu’eux seuls permettent une description des objets qui ne peuvent être scientifiquement définis et compris que de cette manière.» (p. 36). De ce point de vue, la tensivité n’est rien d’autre que l’intersection de l’intensité et de l’extensité, du sensible et de l’intelligible; cet ajointement consacre l’autorité de l’intensité sur l’extensité dans les termes du «phénomène d’expression» analysé par Cassirer: «Elle (la perception) ne se résout jamais en un simple complexe – comme clair ou sombre, froid ou chaud –, mais s’accorde chaque fois à une tonalité d’expression déterminée et spécifique; elle n’est jamais réglée exclusivement sur le “quoi” de l’objet, mais saisit le mode de son apparition globale, le caractère du séduisant ou du menaçant, du familier ou de l’inquiétant, de l’apaisant ou de l’effrayant qui réside dans ce phénomène pris purement comme tel et indépendamment de son interprétation objective.» (La philosophie des formes symboliques, tome 3, pp. 82-83). La difficulté n’est pas niable: il est clair que nous empruntons à Hjelmslev un concept que nous détournons, puisque le sensible tel qu’il est décrit ici est à ses yeux seulement un chapitre de la substance du contenu, mais si nous sommes capable de poser à propos du sensible des relations explicites de dépendance ou d’interdépendance, l’objection perd de sa vigueur.

(voir objet, définition, réseau)

– Intervalle: Sans l’avoir recherché, le point de vue tensif est amené par diverses voies à user de la notion d’intervalle. Au moins en trois circonstances; (i) la dépendance des unités signifiantes à l’égard des phorèmes (la direction, la position, l’élan) nous a conduit à préférer la notion de vecteur à celle de trait, et cette substitution est en concordance avec la notion d’intervalle; (ii) la tension entre la démarcation, “mère” des limites, et la segmentation, “mère” des degrés, affirme d’emblée la pertinence du concept d’intervalle; la tension entre les sur-contraires et les sous-contraires va dans le même sens, puisque les sous-contraires sont compris “dans” les sur-contraires; (iii) les analysantes respectives des dimensions sont transitives et projettent des intervalles simples et “stabilisables”:

La notion d’intervalle demeure, nous semble-t-il, sous-estimée. Mesure gardée: si le point de vue s’avère consistant, la notion d’intervalle pourrait devenir son ”drapeau”, de même que le terme de “différence” résume l’entreprise saussurienne, celui de “dépendance” l’entreprise hjelmslevienne, celui d’“opposition” l’entreprise greimassienne. La notion d’intervalle concourt à l’inconciliation des points de vue et des formes de vie: le monde “médiocre” des sous-contraires [s2 ÷ s3] s’oppose, sous le double rapport de l’intensité et de l’extensité, c’est-à-dire du vécu et du conçu, au monde “exaltant” des surcontraires [s4 ÷ s1]; les valeurs immanentes au monde des sous-contraires ne sont pas recevables dans le monde des sur-contraires, comme ce raccourci de Valéry l’indique: «Le monde ne vaut que par les extrêmes et ne dure que par les moyens... Il ne vaut que par les ultras et ne dure que par les modérés.» (Cahiers, tome 2, p. 1368). Dans la même perspective, c’est le partage de l’explicable et de l’inexplicable qui s’esquisse: si un événement s’inscrit dans un univers admettant les sur-contraires, la rationalité imaginée pour traiter un univers de sous-contraires est récusée au nom de la disproportion: le monde du plus ou moins n’est pas qualifié pour dire le monde du tout ou rien – et réciproquement.

(voir phorème, démarcation, événement, segmentation)