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Implication: La notion d’implication est une notion dont le maniement
ne laisse pas d’être délicat. Hjelmslev en traite dans le dix-huitième
chapitre des Prolégomènes à propos des syncrétismes. Deux syncrétismes
sont distingués: le «syncrétisme par fusion» dont la manifestation
correspond à tous les fonctifs qui relèvent
de ce syncrétisme ou à aucun, et le «syncrétisme par implication»
dont la manifestation est identique à l’un des fonctifs ou à plusieurs. Hjelmslev forge un exemple emprunté
à l’analyse phonologique courante: si devant une consonne sonore, une
consonne sourde devient sonore, on considère qu’une consonne sourde
implique une consonne sonore et qu’une consonne sonore est
impliquée par une consonne sourde. Hjelmslev ajoute que la “logistique”
ne fait pas autre chose, c’est-à-dire qu’elle opère également avec le
si… alors…Pour la sémiotique greimassienne,
l’implication relève des structures profondes et elle est l’une des
trois opérations requises pour faire “tourner” le carré sémiotique.
Plus précisément, les implications [non-s1 ->
s2] et [non-2 -> s1] sont convoquées
pour mettre un terme à la contradiction et revenir à la contrariété.
Sémiotique 2 rabat l’implication sur la présupposition et identifie
le si comme présupposant et le alors (ou le donc)
comme présupposé. Ce qui a été contesté. Pour le point de vue tensif,
l’implication fait couple la concession et constitue le terme non-marqué
de la relation.
(voir
concession)
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Intensif: voir extensif.
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Intensité: Du point de vue tensif, la dimension de l’intensité a pour tension génératrice:
[éclatant vs faible]; elle subsume deux sous-dimensions:
le tempo et la tonicité; nous définissons l’éclat comme le produit des
sub-valences saturées de tempo et de tonicité. Faut-il
l’avouer: il est bien cas où il est malaisé de distinguer l’intensité
et la tonicité. Seuls peut-être les artistes sont-ils à même de reconnaître
la dette de la subjugation esthétique à l’intensité. C’est du moins
dans cet esprit que Baudelaire fait l’éloge de l’acteur Ph.
Rouvière: «Ils (les beaux ouvrages) contiennent
la grâce littéraire suprême, qui est l’énergie: il [Ph.
Rouvière] a cette grâce suprême, décisive
– l’énergie, l’intensité dans le geste, dans la parole, dans le regard.»
(Œuvres complètes, p. 985). De son côté, Michaux dans un
texte portant sur la création littéraire insiste en ces termes: «Mais,
sans une certaine extrême, extrême concentration, il n’y a pas action
directe, massive, permanente, magique de cette pensée sur celui qui
l’a pensée. Intensité, intensité, intensité dans l’unité, voilà qui
est indispensable. Il y a un certain seuil, à partir duquel, mais pas
avant, une pensée sentiment compte, compte autrement, compte vraiment,
et prend un pouvoir. Elle pourra même rayonner…» (Œuvres
complètes, tome 2, p. 377).
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Interdéfinition: L’interdéfinition
est une notion capitale pour et dans la théorie hjelmslevienne,
indifférente sinon. Aux yeux de l’auteur des Prolégomènes, l’interdéfinition
consiste à «pousser aussi loin les définitions aussi loin que possible,
et introduire partout des définitions
préalables avant celles qui les présupposent.» (Prolégomènes,
p. 33); Hjelmslev lui-même parle d’«outrance.» À ses yeux, l’interdéfinition
répond de la scientificité de la théorie. Ce souci définit un style
théorique qui pose un centre, désigné comme une «constance concentrique»,
à partir duquel, telles des ondes sur l’eau, les catégories se déploient
et assimilent les grandeurs qu’elles rencontrent et qu’elles capturent.
Du point de vue discursif, l’exigence de l’interdéfinition
s’appuie sur plusieurs arguments: (i) le rejet des axiomes et
postulats qui circulairement sont jugés extrinsèques; (ii)
l’affirmation raisonnable de l’homogénéité, puisque les rapports significatifs
ne sont que des rapports de dépendance ou d’interdépendance; (iii) la conviction que le procès respecte les possibilités
et les limites que le système prévoit. L’implication demeure la pièce
maîtresse, et seule, la «constellation», c’est-à-dire la relation
entre deux variables, ménage une place à la concession. Toutes les théories
entendent contrôler leur “amont” et leur “aval”. Pour ce qui concerne
l’“amont”, Hjelmslev reconnaît honnêtement l’existence de quatre concepts
«indéfinissables spécifiques»: description, objet, dépendance,
homogénéité, puis de trois concepts «indéfinissables non spécifiques»:
présence, nécessité, condition. Pour ce qui regarde l’“aval”,
c’est-à-dire quand il s’agit d’appliquer la théorie, Hjelmslev rencontre
autant de difficultés qu’un autre comme on peut le voir dans les dernières
pages de La catégorie des cas. Seul Hjelmslev a réussi à fondre,
à homogénéiser deux problématiques: celle de l’interdéfinition et celle de la «constance concentrique».
Pour l’entreprise greimassienne, nous
dirons qu’elle produit des définitions rigoureuses, mais si des renvois
pertinents sont indiqués dans Sémiotique 1, cela tient à la prégnance
de la «constance concentrique» adoptée, à savoir la formalisation
de la narrativité proppienne.
La démarche hjelmslevienne n’est pas à nos
yeux reproductible, celle de Greimas l’est en droit puisqu’elle demande
seulement l’adoption de telle «constance concentrique», comme
on le voit avec l’inconscient freudien ou la lutte des classes dans
le cas du marxisme orthodoxe.
(voir
définition, extensif)
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Intersection: Cette image forte fournit à l’analyse son objet: «Les
“objets” du réalisme naïf se réduisent alors à des points d’intersection
de ces faisceaux de rapports; cela veut dire qu’eux seuls permettent
une description des objets qui ne peuvent être scientifiquement définis
et compris que de cette manière.» (p. 36). De ce point de vue, la
tensivité n’est rien d’autre que l’intersection de l’intensité et de
l’extensité, du sensible et de l’intelligible;
cet ajointement consacre l’autorité de l’intensité
sur l’extensité dans les termes du «phénomène
d’expression» analysé par Cassirer: «Elle (la perception)
ne se résout jamais en un simple complexe – comme clair ou sombre,
froid ou chaud –, mais s’accorde chaque fois à une tonalité d’expression
déterminée et spécifique; elle n’est jamais réglée exclusivement sur
le “quoi” de l’objet, mais saisit le mode de son apparition globale,
le caractère du séduisant ou du menaçant, du familier ou de l’inquiétant,
de l’apaisant ou de l’effrayant qui réside dans ce phénomène pris purement
comme tel et indépendamment de son interprétation objective.» (La
philosophie des formes symboliques, tome 3, pp. 82-83). La difficulté
n’est pas niable: il est clair que nous empruntons à Hjelmslev un concept
que nous détournons, puisque le sensible tel qu’il est décrit ici est
à ses yeux seulement un chapitre de la substance du contenu, mais si
nous sommes capable de poser à propos du sensible des relations explicites
de dépendance ou d’interdépendance, l’objection perd de sa vigueur.
(voir
objet, définition,
réseau)
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Intervalle: Sans l’avoir recherché, le point de vue tensif
est amené par diverses voies à user de la notion d’intervalle. Au moins
en trois circonstances; (i) la dépendance des unités signifiantes
à l’égard des phorèmes (la direction, la position,
l’élan) nous a conduit à préférer la notion de vecteur à celle de trait,
et cette substitution est en concordance avec la notion d’intervalle;
(ii) la tension entre la démarcation,
“mère” des limites, et la segmentation, “mère” des degrés, affirme d’emblée
la pertinence du concept d’intervalle; la tension entre les sur-contraires
et les sous-contraires va dans le même sens, puisque les sous-contraires
sont compris
“dans” les sur-contraires; (iii) les analysantes respectives des dimensions sont
transitives et projettent des intervalles simples et “stabilisables”:
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La
notion d’intervalle demeure, nous semble-t-il, sous-estimée. Mesure
gardée: si le point de vue s’avère consistant, la notion d’intervalle
pourrait devenir son ”drapeau”, de même que le terme de “différence”
résume l’entreprise saussurienne, celui de
“dépendance” l’entreprise hjelmslevienne,
celui d’“opposition” l’entreprise greimassienne.
La notion d’intervalle concourt à l’inconciliation
des points de vue et des formes de vie: le monde “médiocre” des sous-contraires
[s2 ÷ s3] s’oppose,
sous le double rapport de l’intensité et de l’extensité,
c’est-à-dire du vécu et du conçu, au monde “exaltant” des surcontraires
[s4 ÷ s1];
les valeurs immanentes au monde des sous-contraires ne sont pas recevables
dans le monde des sur-contraires, comme ce raccourci de Valéry l’indique:
«Le monde ne vaut que par les extrêmes et ne dure que par les moyens...
Il ne vaut que par les ultras et ne dure que par les modérés.» (Cahiers,
tome 2, p. 1368). Dans la même perspective, c’est le partage de
l’explicable et de l’inexplicable qui s’esquisse: si un événement s’inscrit
dans un univers admettant les sur-contraires, la rationalité imaginée
pour traiter un univers de sous-contraires est récusée au nom de la
disproportion: le monde du plus ou moins n’est pas qualifié pour
dire le monde du tout ou rien – et réciproquement.
(voir
phorème, démarcation,
événement, segmentation)