Glossaire de sémiotique tensive

 

Ambivalence
Direction
Objet
Tempo
Amenuisement
Efficience
Parvenir
Temporalité
Analyse
Espace tensif
Phorème
Tensivité
Ascendance
Evénement
Récursivité
Tonalisation
Atonisation
Extensif
Redoublement
Tonicité
Atténuation
Extensité
Relèvement
Tri
Catégorie
Homogénéité
Réseau
Valence
Complexité
Implication
Segmentation
Valeur
Concession
Intensif
Sous-contraire
Corrélation
Intensité
Sous-dimension
Décadence
Interdéfinition
Spatialité
Définition
Intersection
Structure
Démarcation
Intervalle
Sub-valence
Diagramme
Mélange
Sur-contraire
Dimension
Mode d’efficience
Survenir

 

 

 

 

– Récursivité: La plupart des théories ne font pas grand cas de la récursivité et n’y voient qu’un effet, bientôt comique, de rallonge: a de b de c de d de e… qui se détruit de lui-même. Et, de fait, cette figure par elle-même ne signifie pas grand-chose. Nous aimerions montrer que, rapportée à l’espace tensif, la récursivité a des vertus cachées. Nous commencerons par rappeler que la syntaxe intensive enchaîne en ascendance le relèvement et le redoublement, en décadence l’atténuation et l’amenuisement. Nous savons par ailleurs que la syntaxe est contrôlée par la tension entre l’implication et la concession. Si nous rabattons l’une sur l’autre ces deux données, nous sommes fondé à dire qu’en ascendance l’on passe par implication doxale du relèvement au redoublement, comme l’on passe de l’imperfectif au perfectif dans le dessein de pallier une insuffisance. La suffisance étant réalisée, il est clair que tel qui entend pousser au-delà le fait par concession, défi ou provocation ; c’est dire qu’il exerce, en redoublant le redoublement, ce que l’on pourrait appeler son “droit imprescriptible” à la récursivité; en se comportant de la sorte, il entend accomplir un dépassement. Soit le système suivant:

De cet exercice de la récursivité, la seconde strophe du Poison de Baudelaire fournit un
exemple insigne :

L’opium agrandit ce qui n’a pas de bornes,
Allonge l’illimité,
Approfondit le temps, creuse la volupté,
Et de plaisirs noirs et mornes
Remplit l’âme au delà de sa capacité.

La seconde vertu sémiotique de la récursivité réside dans le fait qu’elle est au principe du partage même des modes d’efficience en ce sens que le survenir la rejette absolument, tandis que le parvenir l’exige. Nous l’avons vu plus haut en faisant état de la représentation du travail selon Baudelaire. Ce fragment de Fusées est encore plus explicite: «Un peu de travail, répété trois cent soixante-cinq fois, donne trois cent soixante-cinq fois un peu d’argent, c’est-à-dire une somme énorme. En même temps, la gloire est faite(Œuvres complètes, p. 1200). Baudelaire a conscience de l’ambivalence propre à la récursivité: on peut considérer l’exercice de la récursivité comme une sémiotique implicite: la répétition relèverait du plan de l’expression et ne signifierait que la reproduction; elle est déceptive comme l’indique le tryptique fameux: “boulot-métro-dodo”, mais la récursivité a pour plan du contenu l’additivité: chaque «peu d’argent» péniblement obtenu s’ajoute aux précédents et finit par produire une «somme énorme». Baudelaire montre une conscience aiguë de l’inconciliation des modes d’efficience. Dans le domaine esthétique, l’identification du “beau” et du “bizarre” – «Le Beau est toujours bizarre.» – fait prévaloir le survenir, mais ailleurs Baudelaire rappelle la prééminence éthique du parvenir: «Etudier dans tous ses modes, dans les œuvres de la nature et dans les œuvres de l’homme, l’universelle et éternelle loi de la gradation, des peu à peu, du petit à petit, avec les forces progressivement croissantes, comme les intérêts en matière de finances. Il en est de même dans l’habileté artistique et littéraire; il en est de même dans le trésor variable de la volonté.» (Œuvres complètes, pp. 1226-1227).

(voir concession, implication, démarcation)

Redoublement: Le redoublement est avec le relèvement l’un des deux analysants de l’ascendance tensive menant de “0” à “1”. Si l’on interprète le relèvement comme une opération consistant à expulser, à soustraire un à un les moins, le redoublement s'inscrit comme l’opération consistant à ajouter un à un les plus. Dès l’instant que le discours distingue résolument entre le relèvement et le redoublement, nous sommes fondé à dire que le procès relève du parvenir.

(voir relèvement, parvenir)

– Relèvement: Le relèvement est avec le redoublement qu’il précède l’un des deux analysants de l’ascendance tensive menant de “0” à “1”. Du point de vue syntagmatique, si la nullité est assimilée à l’inertie, c’est-à-dire à un contre-programme, le relèvement devient un contre(contre-programme) dominant. L’effectuation du relèvement, c’est-à-dire la traversée de [s4] puis de [s3] rend possible le redoublement. Par le relèvement, le sujet s’arrache, se libère de l’atonie.

(voir redoublement, atonisation, tonalisation)

Réseau: La problématique du réseau est double: elle porte sur sa signification et sa généralisation. Pour ce qui regarde la signification, elle renvoie à la complexité de l’objet et à l’analyse qui résout cette complexité, à la dépendance comme modèle de la relation, enfin à la définition comme mode supérieur de connaissance. Dans l’étude intitulée Structure générale des corrélations linguistiques, Hjelmslev considère que le paradigme de l’analyse comprend deux possibles: «l’analyse par dimensions» et «l’analyse par subdivision» (Nouveaux essais, p. 49); la première, qui visiblement a sa préférence, «consisterait à reconnaître, à l’intérieur d’une catégorie, deux ou plusieurs sous-catégories qui s’entrecroisent ou se compénètrentLes aboutissants diffèrent: «En un mot: d’après l’analyse par dimensions les sous-catégories forment un réseau; d’après l’analyse par subdivision, les sous-catégories forment une hiérarchieSoit le réseau le plus simple :

Selon Hjelmslev, les lettres capitales constituent une catégorie, les lettres minuscules, une sous-catégorie ou une dimension. Mais surtout les capitales ont pour définition les couples de minuscules obtenus par «entrecroisement et compénétration». Dans l’état actuel de la recherche, le réseau résultant de l’analyse par dimensions peut être projeté sous forme de diagramme. Soit d’abord le paradigme de l’espace :

Si /hermétique/ est posé comme porteur de la tonicité, comme dans la sémiotique du secret, il est aisé de l’organiser en réseau:

Mais ce même réseau peut être présenté sous forme de diagramme:

La disposition en réseau au titre de procédure exécutée par le sujet et la complexité attribuée à l’objet se présupposent l’une l’autre. Les sur-contraires /hermétique/ et /béant/ composent une sub-valence plénière et une sub-valence que nous dirons nulle, tandis que les sous-contraires /fermé/ et /ouvert/ composent des valences que nous dirons mitigées. Sous ce point de vue, tous les termes sont complexes, mais ils ne le sont pas de la même façon: les sur-contraires s’imposent comme des syncrétismes que la rhétorique, savante ou populaire, reconnaît comme des hyperboles. Cette structure à quatre postes appelle plusieurs remarques. En premier lieu, ainsi que Saussure cité par H. Parret le remarque, le terme de différence est «un terme incommode, parce que cela admet des degrés» (Réflexions saussuriennes sur le temps et le moi. Les manuscrits de Houghton Library à Harvard); en un mot il convient de supposer l’existence de différentes différences. En second lieu, cette structure à quatre termes semble suffisante, puisque les termes s’opposent deux à deux, mais encore s’opposent entre eux; la relation la plus “intéressante” est certainement celle qui oppose les sur-contraires “oratoires” (hermétique vs béant) aux sous-contraires “prosaïques” (fermé vs ouvert). Cette structure à quatre termes est cependant une structure particulière, puisque le nombre des intersections réalisées est égal au nombre des invariantes; ainsi que l’indique Hjelmslev dans les Prolégomènes (p. 127), si le nombre des invariantes est six, le nombre des intersections réalisables se monte alors à neuf.

(voir complexité, définition, objet, sur-contraire, sous-contraire)